Entreprises et numérique : 47% des patrons se tirent une balle dans le pied !

Par | Le 23/05/2016 | Commentaires (0)

Il est des chiffres qui font froid dans le dos ! Ainsi, à la lecture d'un article publié le 13 mai 2016 par le site Chef d'entreprise, faisant suite à la 10e vague de l'enquête de l'Observatoire social de l'entreprise réalisée par le Centre des études supérieures industrielles (Cesi) en partenariat avec l'Institut Politique de Sondages et d'Opinions Sociales (Ipsos) et le Figaro, j'ai lu que 47 % des patrons d'entreprises jugeaint le numérique comme étant un "effet de mode" ! Me vint à l'esprit une anecdote personnelle et une réflection (qui l'est tout autant, bien qu'il me semble que nombreuses personnes soient enclines à la partager) qu'il n'est pas possible que 47 % des patrons soient près à se tirer un balle dans le pied...

Le numérique : un effet de mode, vraiment ?


Pme numerique 47 des chefs d entreprise se tirent une balle dans le pied 1Mais, avant d'aller plus loin et d'entrer dans les chiffres que nous révèlent cette enquête, permettez que je vous livre une anecdote, aussi personnelle que vécue. Vous savez que certains évènements, certaines histoires, certains mots marquent nos esprits. Pour ne rien vous cacher, ce qui éveilla en moi une curiosité (et me fit tourner le sang, je dois l'admettre) à la lecture de cette nouvelle fut l'expression "effet de mode". 

Il y a de cela quelques années, je travaillais dans une entreprise, une PME qui, disons-le clairement, "roulait sur l'or". C'est dans ce cadre que j'entendis l'expression "Le Web ? Un effet de mode", de la bouche du PDG. Malgré, les invectives de nombreux salariés (directeurs de services, cadres et salariés, cohorte à laquelle j'appartenais), le PDG de ladite société n'a rien voulu entendre... Résultat des courses, la belle entreprise a, en quelques années, fait faillite, laissant sur le carreau les rares clients qu'elle avait réussi à conserver (je me demande encore comment !) et mis, au total, 70 salariés sur le marché du travail.

Aussi, comprenez, qu'aujourd'hui, quand je lis que 47 % des patrons d'entreprises françaises pensent que le numérique n'est autre qu'un effet de mode, mon sang ne fasse qu'un tour... Certes, cette erreur de pilotage de la société à laquelle je fais référence ne fut pas la seule (comme la faute n'incombe pas qu'au PDG de l'entreprise). Mais je ne peux que penser qu'avec cet état d'esprit, le chemin emprunté ne pouvait pas être le bon...

Aussi, quand, après m'être penché sur l'étude en question, je constatais qu'effectivement "les dirigeants d'entreprises sont très partagés quant à l'importance des transformations engendrées par la transition numérique - une vision dépendant fortement de la taille de la structure qu'ils dirigent... Et que pour 47 % d'entre eux le numérique constitue un simple phénomène de mode (opinion partagée par une majorité de dirigeants dans le secteur du BTP (57 %) et dans les TPE (50 %)", je ne peux que réagir et m'inscrire en faux !

Si l'on compare le numérique d'aujourd'hui, à l'industrie automobile du siècle dernier, disons que le numérique n'est plus au stade de l'invention de la voiture équipée d'un moteur à explosion, mais qu'aujourd'hui nous sommes d'ores et déjà à une époque du numérique comparable aux années 1920, lorsque le modèle T des usines Ford inondait le marché automobile américain... De là à dire que ceux qui aujourd'hui jugent le numérique comme un phénomène de mode sont à l'image de ceux qui croyaient, dans les années 20, que l'automobile n'avait pas d'avenir, il n'y a qu'un pas que... je franchis allègrement !

Pourquoi une prise de conscience est nécessaire ?

Une expression populaire dit : "Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis !". Or, pour être honnête, je crois sincèrement que pour être chef d'entreprise, il faut tout sauf être un imbécile (a fortiori, si l'on souhaite réussir). Gageons donc, que les récalcitrants d'aujourd'hui ("moins d'un chef d'entreprise sur trois juge le sujet de la transformation numérique stratégique ou essentiel pour son entreprise", toujours selon l'étude), seront, dès demain,les fervents défenseurs du numérique.

De toute manière, les patrons d'entreprise ont-ils vraiment le choix ? La réponse est évidemment : NON. Car, ceux qui ne sauront pas prendre le virage (le plus tôt sera le mieux) finiront inéluctablement par disparaître... De fait, une prise de conscience est véritablement nécessaire. Certes, grenouillant dans l'univers du marketing je suis bien placé pour savoir combien le numérique et la transformation digitale des entreprises sont plus que jamais nécessaires, pour ne pas dire inéluctables. En la matière, il n'est jamais trop tard pour bien faire. Encore faut-il faire...

Les raisons d'espérer...


Consequences transition numerique selon chefs d entrepriseHeureusement, cette étude laisse entrevoir quelques raisons d'espérer.

D'abord, cette notion d'"effet de mode" est essentiellement lié à la taille de l'entreprise, puisque ce sont essentiellement les patrons des TPE (moins de 10 salariés) qui à 50 % ont ce jugement. Un concert dubitatif auquel se joignent les chefs d'entreprises du secteur du BTP (57%). Le hic, c'est que les 2/3 des entreprises en France sont des TPE (contribuant pour 9% au PIB du pays - source INSEE - 2012). 

A contrario, dès que la taille de l'entreprise augmente plus la conscience de l'importance de la transformation numérique s'impose. Un constat fait à la lueur des résultats constatés. Ainsi, les dirigeants d'entreprises de 250 salariés et plus ont ressenti les conséquences des usages du numérique (rejoints en cela par les dirigeants d'autres entreprises plus modestes, y compris de TPE). Des conséquences qu'ils "jugent importent sur le niveau d'exigence de leurs clients (54%), sur leur stratégie de relation clients (52%) et sur le dégré de concurrence  entre les entreprises dans leur secteur d'activié (51%)." D'autant que pour les chefs d'entreprises, comme pour les salariés, le numérique est essentiellement considéré comme une chance et non comme une menace. Une influence positive sur la manière de travailler (59%), sur l'activité commerciale de l'entreprise (57%). "Le bilan du développement des outils numériques dans l'entreprise est d'ailleurs globalement positif pour les salriés. Les gains l'emportent sur les aspects négatifs sur 6 des 7 dimensions testés (efficacité personnelle : 59% de positif contre 13% de négatif ; relation avec le supérieur hiérarchique : 42% contre 19% ; relation avec les subordonnés : 40% contre 16% ; sur leur charge de travail : 38% contre 33% ; attachement à l'enreprise : 37% contre 20%)."

Au final, "52% des dirigeants considère que la transition numérique révolutionne le fonctionnement des entreprises", soit une courte majorité qui s'explique par l'effectif des patrons de TPE largement majoritaire dans le paysage des entreprises françaises (car, par ailleurs, "69% des patrons d'entreprises de 10 à 499 salariés en sont convaincus et 85% de dirigeants des grandes entreprises le sont également").

Qu'en penser ?

Il est normal que les plus grandes entreprises soient les plus à même de percevoir l'impact de la transformation numérique sur leurs activités. Plus de moyens (RH, budgets) ouvrent plus d'opportunités.

Cependant, si l'on souhaite que le tissu des TPE et petites PME survivent en France, il devient urgent qu'elles empruntent la voie tracée par les plus grosses sociétés. Car, sinon, ce sera un pan entier de l'économie française qui risque de s'effondrer. Un chemin qui, s'il n'est pas toujours facile à emprunter, n'est pas non plus irréalisable pour les plus petites sociétés : les budgets à consacrer à la transition numérique et aux outils nécessaires ne sont plus ce qu'ils étaient il y a encore quelques années et de nombreux consultants peuvent intervenir et diffuser les connaissances nécessaires à la mise en oeuvre des politiques numériques au sein de l'entreprise, sans avoir à recourir à l'embauche d'experts. Souhaitons de nombreuses sociétés s'y engagent rapidement !

Télécharger le résultat de la 10ème vague de l'enquête de l'Observatoire Sociale de l'entreprise - CESI - Ipsos- Le Figaro

Vincent Faouet sur Google+

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